Affichage des articles dont le libellé est Au-dessus du Ritz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Au-dessus du Ritz. Afficher tous les articles
vendredi 30 avril 2010
Fenêtre d'hôpital
De la fenêtre du 5e de ce petit hôpital construit sur une butte rocheuse, je vois au bout de la rue, droit devant, des rames enlacées à flanc de colline et qui forment un voile fin sous lequel on devine que s'abritent de fragiles pousses sorties de leur torpeur par le soleil d'avril. Des bourgeons s'accrochent à ce tissu aérien et le renflement des plus tardifs clôt le ciel de bouquets de bruine qui vont du rose pâle au rouge sombre tandis que l'éclosion des plus hâtifs produit d'admirables lavis sur lesquels les verts les plus doux se côtoient. Quelques taches vives tranchent sur la finesse de ces primeurs exquises et annoncent la forêt pour l'heure discrète. Ce sont des épinettes et des thuyas.
Libellés :
Au-dessus du Ritz,
Saisons
mardi 27 avril 2010
Le monde
Gand-Mére est une petite ville triste et décrépite. On n'y croise que très rarement de jeunes enfants musards dérivant de la ligne droite des trottoirs crevassés vers un passage secret d'eux seuls connu et qui leur permet de se faufiler comme le font les chats entre les maisons, les hangars et les bosquets, sautant ici une clôture, évitant là un molosse attaché de la taille d'un caniche nain, pour atteindre cette autre rue qui n'est pas sur le chemin de l'école mais où on a trouvé hier un "castor*" échappé de la poche d'un travailleur revenant du moulin.
Il fut un temps où cette ville était belle comme le sont les femmes mûres dont l'âme, pour un temps apaisée entre les affres de l'adolescence et les ignobles tourments de la vieillesse, se manifeste dans l'insolente aisance du port, la folle assurance des mouvements, l'élégance hardie du regard, l'audace souriante de la voix. En ce temps où Grand-Mère était une femme mûre, à la sagesse frondeuse, je découvrais le monde en m'émerveillant de la diversité des oriflammes suspendues aux cordes à linge les lundis de lessive, en m'interrogeant sur le propriétaire improbable d'une lourde voiture à cheval remisée depuis des temps pour moi immémoriaux dans un hangar derrière la maison et que l'on devinait en plongeant le regard dans l'échancrure d'une porte toujours entrebâillée, en écoutant attentivement sans y rien comprendre, parce que tenues dans une langue qui était aussi la mienne mais dont tant de mots, d’expressions, de tournures m’étaient étrangers, les conversations entre Ti-Noir et T-Bi, l'un originaire de Weymontachie, l'autre de l'Abitibi et qui tous deux parcouraient le monde au delà du moulin, sans jamais partir pour plus de quelques heures, au volant de voitures taxis qu'ils conduisaient pour Venant, le propriétaire de la petite flotte.
Il y avait dans ma cour un monde: des hangars de bois de dimensions et de formes diverses dont plusieurs étaient inutilisés; derrière le magasin de fruits, un logement habité par un couple de gens très âgés qui survivaient grâce à la débrouillardise et à l'ingéniosité de la vieille, à son jardinet et à ses quelques poules; une maisonnette dont le numéro civique était suivi de la lettre "A" et qui fut habitée un court moment par une vieille femme, folle peut-être: un cabanon dans lequel les chauffeurs de taxi roupillaient entre les courses malgré les sonneries du téléphone; les entrées de service d'un restaurant "cuisine canadienne et repas légers" et d'une pharmacie de quartier dans laquelle officiait, taciturne, l'oncle de Ti-Pierre, mon voisin de palier et camarade de jeux, dont le père fumait des cigarettes qu'on disait américaines; un longiforme réservoir de mazout à moitié enterré et qui donnait sur un mur aveugle de l'immeuble voisin, lequel logeait un grand magasin de vêtements pour hommes et femmes dont on disait qu’il était le mieux pourvu de la ville; un sentier peu fréquenté qui allait depuis l'arrière du cabanon des taxis jusqu'à la cour de la vieille maison sombre du cordonnier Petit, un homme malingre affligé d'une forte claudication et qui, pour cette raison, inspirait de grandes frayeurs à tous les petits.
C'était un univers de revenances, de survenances et de partances tel que ne me vint pas, en ces temps d'une rondeur pleine, l'idée d'escalader ce mur presque oublié qui fermait le passage entre deux hangars et du haut duquel j'aurais peut-être pu apercevoir l'Amérique toute entière si toutefois j'avais pu soupçonner qu'il se pouvait exister ici ou ailleurs un Autre Monde qui ne fût pas ma cour.
_________________________
* "castor": pièce de cinq cents
Il fut un temps où cette ville était belle comme le sont les femmes mûres dont l'âme, pour un temps apaisée entre les affres de l'adolescence et les ignobles tourments de la vieillesse, se manifeste dans l'insolente aisance du port, la folle assurance des mouvements, l'élégance hardie du regard, l'audace souriante de la voix. En ce temps où Grand-Mère était une femme mûre, à la sagesse frondeuse, je découvrais le monde en m'émerveillant de la diversité des oriflammes suspendues aux cordes à linge les lundis de lessive, en m'interrogeant sur le propriétaire improbable d'une lourde voiture à cheval remisée depuis des temps pour moi immémoriaux dans un hangar derrière la maison et que l'on devinait en plongeant le regard dans l'échancrure d'une porte toujours entrebâillée, en écoutant attentivement sans y rien comprendre, parce que tenues dans une langue qui était aussi la mienne mais dont tant de mots, d’expressions, de tournures m’étaient étrangers, les conversations entre Ti-Noir et T-Bi, l'un originaire de Weymontachie, l'autre de l'Abitibi et qui tous deux parcouraient le monde au delà du moulin, sans jamais partir pour plus de quelques heures, au volant de voitures taxis qu'ils conduisaient pour Venant, le propriétaire de la petite flotte.
Il y avait dans ma cour un monde: des hangars de bois de dimensions et de formes diverses dont plusieurs étaient inutilisés; derrière le magasin de fruits, un logement habité par un couple de gens très âgés qui survivaient grâce à la débrouillardise et à l'ingéniosité de la vieille, à son jardinet et à ses quelques poules; une maisonnette dont le numéro civique était suivi de la lettre "A" et qui fut habitée un court moment par une vieille femme, folle peut-être: un cabanon dans lequel les chauffeurs de taxi roupillaient entre les courses malgré les sonneries du téléphone; les entrées de service d'un restaurant "cuisine canadienne et repas légers" et d'une pharmacie de quartier dans laquelle officiait, taciturne, l'oncle de Ti-Pierre, mon voisin de palier et camarade de jeux, dont le père fumait des cigarettes qu'on disait américaines; un longiforme réservoir de mazout à moitié enterré et qui donnait sur un mur aveugle de l'immeuble voisin, lequel logeait un grand magasin de vêtements pour hommes et femmes dont on disait qu’il était le mieux pourvu de la ville; un sentier peu fréquenté qui allait depuis l'arrière du cabanon des taxis jusqu'à la cour de la vieille maison sombre du cordonnier Petit, un homme malingre affligé d'une forte claudication et qui, pour cette raison, inspirait de grandes frayeurs à tous les petits.
C'était un univers de revenances, de survenances et de partances tel que ne me vint pas, en ces temps d'une rondeur pleine, l'idée d'escalader ce mur presque oublié qui fermait le passage entre deux hangars et du haut duquel j'aurais peut-être pu apercevoir l'Amérique toute entière si toutefois j'avais pu soupçonner qu'il se pouvait exister ici ou ailleurs un Autre Monde qui ne fût pas ma cour.
_________________________
* "castor": pièce de cinq cents
Libellés :
Au-dessus du Ritz
dimanche 17 janvier 2010
Page blanche et sans titre
Je suis mort il y a longtemps. Depuis je m'imagine.
J'ai quatre ans. On me l'a dit. Quatre et demi pour sûr. J'ai descendu les deux sections du long escalier de bois qui depuis le logement du troisième mène à la cour arrière que nous partageons avec Ti-Noir, Ti-Bi de l'Abitibi et les autres chauffeurs de Grand-Mère Taxi. Je suis passé devant l'entrée de service du Ritz, cuisine canadienne et repas légers, puis ai longé le long mur aveugle qui va de la cour à la rue. Un taxi de retour d'une course, une grosse Dodge de l'année, une 1949 noire comme celle que nous avions prise pour aller voir « matante sœur » à Québec, m'a croisé en regagnant le cabanon au fond dans lequel s’installent les chauffeurs dans l’attente du prochain appel, Là où la cour rejoint la rue, en pleine lumière, j'ai pris le trottoir sur la droite. Suis passé devant l'entrée du Ritz. Mademoiselle Cadotte joue les étalagistes dans la vitrine de la Pharmacie Deschamps. La belle jeune femme me regarde avec douceur. Je lui rends son sourire. Il fait bon, je m'arrête. L'air est doux. Je lui tourne le dos pour observer le bonhomme Lafrenière balayer la rue, le long du trottoir. L’homme me semble très vieux. Le dos voûté, il s’appuie sur un balai qu’il tient par devers lui, se projetant ainsi vers l’avant et s’obligeant à avancer d’un pas pour ne pas tomber. Il avance par secousses en poussant les quelques détritus qui encombrent la chaussée en bordure du trottoir. Il en fait un tas qu’il ramasse avec la pelle accroché au montant d’un tombereau qui se trouve toujours à portée en raison de l’habilité et de la longue expérience de la vieille bête qui le tire. Une auto s’arrête un peu derrière, à la hauteur du Ritz. Je me tourne dans cette direction et j'entrevois, devant chez la marchande de fruits, maman et grand-maman qui reviennent de chez « matante » Olympe, la modiste, qui n'est pas vraiment ma tante mais plutôt une cousine de grand-maman.
C’est la première fois que je vois maman dans cette situation. Sans qu’elle ne me voit ni ne sache que je la vois. Et dans un autre monde que le mien. Dans une autre univers que le domestique. Qu’elle est élégante ! Quel port ! Et ce regard qui surplombe ses alentours comme un soleil vif. Qu’elle est belle avec ma grand-mère qui trottine à ses côtés. La ville semble lui appartenir. C’est une conquérante qui s’avance. Je suis conquis. Et veux moi aussi lui appartenir. Je veux qu’elle m’embrasse, me prenne dans ses bras comme elle enlace l’univers de cette rue marchande sur laquelle nous habitons. Je gonfle mes poumons de cet air soudain si bon, me projette en courant vers elle et lui tend les bras en criant « Maman ! » tant pour manifester ma joie que pour lui annoncer ma présence et aviser les rares promeneurs que cette femme qu’ils admirent est ma mère.
Elle est surprise de me voir là. Il ne m’est pas permis de me rendre seul sur le trottoir devant la maison. Je devrais être derrière, dans la cour, à jouer avec un petit camion à benne dans un « racoin » sombre et sentant l’urine sous les galeries près de la porte de service de la pharmacie. Maman est décontenancée de me voir ainsi courir vers elle. Je la sens vite se raidir sous le regard furibond de la grand-mère. Vive, elle retrouve son aplomb au moment même où je m’élance dans ses bras.
Elle m’accueille le temps de me remettre sèchement par terre. Grand-maman a son regard dur des mauvais jours. Maman replace les plis de sa robe. Regarde autour d'elle. "À la maison, tout de suite ! On ne se jette pas ainsi dans les bras de sa mère ! Tout le monde nous regarde !" me dit-elle accélérant le pas avant d'ouvrir la porte qui donne sur le sombre escalier intérieur dont les parois en petit "V" d'un brun très dense absorbent le peu de lumière qui filtre de la rue. Grand-maman passe devant. Maman me pousse entre elles deux. Nous montons. En silence. Dans la froide pénombre.
J'ai quatre ans. On me l'a dit. Quatre et demi pour sûr. J'ai descendu les deux sections du long escalier de bois qui depuis le logement du troisième mène à la cour arrière que nous partageons avec Ti-Noir, Ti-Bi de l'Abitibi et les autres chauffeurs de Grand-Mère Taxi. Je suis passé devant l'entrée de service du Ritz, cuisine canadienne et repas légers, puis ai longé le long mur aveugle qui va de la cour à la rue. Un taxi de retour d'une course, une grosse Dodge de l'année, une 1949 noire comme celle que nous avions prise pour aller voir « matante sœur » à Québec, m'a croisé en regagnant le cabanon au fond dans lequel s’installent les chauffeurs dans l’attente du prochain appel, Là où la cour rejoint la rue, en pleine lumière, j'ai pris le trottoir sur la droite. Suis passé devant l'entrée du Ritz. Mademoiselle Cadotte joue les étalagistes dans la vitrine de la Pharmacie Deschamps. La belle jeune femme me regarde avec douceur. Je lui rends son sourire. Il fait bon, je m'arrête. L'air est doux. Je lui tourne le dos pour observer le bonhomme Lafrenière balayer la rue, le long du trottoir. L’homme me semble très vieux. Le dos voûté, il s’appuie sur un balai qu’il tient par devers lui, se projetant ainsi vers l’avant et s’obligeant à avancer d’un pas pour ne pas tomber. Il avance par secousses en poussant les quelques détritus qui encombrent la chaussée en bordure du trottoir. Il en fait un tas qu’il ramasse avec la pelle accroché au montant d’un tombereau qui se trouve toujours à portée en raison de l’habilité et de la longue expérience de la vieille bête qui le tire. Une auto s’arrête un peu derrière, à la hauteur du Ritz. Je me tourne dans cette direction et j'entrevois, devant chez la marchande de fruits, maman et grand-maman qui reviennent de chez « matante » Olympe, la modiste, qui n'est pas vraiment ma tante mais plutôt une cousine de grand-maman.
C’est la première fois que je vois maman dans cette situation. Sans qu’elle ne me voit ni ne sache que je la vois. Et dans un autre monde que le mien. Dans une autre univers que le domestique. Qu’elle est élégante ! Quel port ! Et ce regard qui surplombe ses alentours comme un soleil vif. Qu’elle est belle avec ma grand-mère qui trottine à ses côtés. La ville semble lui appartenir. C’est une conquérante qui s’avance. Je suis conquis. Et veux moi aussi lui appartenir. Je veux qu’elle m’embrasse, me prenne dans ses bras comme elle enlace l’univers de cette rue marchande sur laquelle nous habitons. Je gonfle mes poumons de cet air soudain si bon, me projette en courant vers elle et lui tend les bras en criant « Maman ! » tant pour manifester ma joie que pour lui annoncer ma présence et aviser les rares promeneurs que cette femme qu’ils admirent est ma mère.
Elle est surprise de me voir là. Il ne m’est pas permis de me rendre seul sur le trottoir devant la maison. Je devrais être derrière, dans la cour, à jouer avec un petit camion à benne dans un « racoin » sombre et sentant l’urine sous les galeries près de la porte de service de la pharmacie. Maman est décontenancée de me voir ainsi courir vers elle. Je la sens vite se raidir sous le regard furibond de la grand-mère. Vive, elle retrouve son aplomb au moment même où je m’élance dans ses bras.
Elle m’accueille le temps de me remettre sèchement par terre. Grand-maman a son regard dur des mauvais jours. Maman replace les plis de sa robe. Regarde autour d'elle. "À la maison, tout de suite ! On ne se jette pas ainsi dans les bras de sa mère ! Tout le monde nous regarde !" me dit-elle accélérant le pas avant d'ouvrir la porte qui donne sur le sombre escalier intérieur dont les parois en petit "V" d'un brun très dense absorbent le peu de lumière qui filtre de la rue. Grand-maman passe devant. Maman me pousse entre elles deux. Nous montons. En silence. Dans la froide pénombre.
Ovide n'a pas encore vingt ans. Le voici sur "la traverse" Lotbinère-Deschambault. Il entend se rendre à Sainte-Flore. Au poste Grand-Mère. Fils d'Alphée et de Joséphine qui cultivent la vieille terre du rang St-Édouard à Sainte-Croix, il a appris du grand-père Casimir et de l'oncle Élisée à travailler le métal dans la boutique de forge de la ferme familiale. Il est doué. Apprend vite, travaille bien et "a de l'idée".
Le XIXe siècle n'en peut plus depuis longtemps. Il est dépassé. Les bonnes terres sont rares. Les jeunes rêvent -de liberté. Certains partent pour les "factories des États". D'autres pour les villes plus proches. Des villes nouvelles, filles des forêts domestiquées et des rivières harnachées. Certains quittent la terre contre leur gré, dépités de ne pouvoir vivre comme leurs pères ont vécu. D'autres, nombreux, ne disent pas quitter la terre. Ils prétendent gagner la ville. Ils partent conquérir l'industrie. Y exercer leurs talents. Y trouver gloire et fortune. À mi-chemin sur le fleuve entre Lotbinière et Deschambeault, Ovide relève sa casquette comme pour dévisager avec l'insolence de son âge l'avenir qui se morfond de l'attendre.
Le XIXe siècle n'en peut plus depuis longtemps. Il est dépassé. Les bonnes terres sont rares. Les jeunes rêvent -de liberté. Certains partent pour les "factories des États". D'autres pour les villes plus proches. Des villes nouvelles, filles des forêts domestiquées et des rivières harnachées. Certains quittent la terre contre leur gré, dépités de ne pouvoir vivre comme leurs pères ont vécu. D'autres, nombreux, ne disent pas quitter la terre. Ils prétendent gagner la ville. Ils partent conquérir l'industrie. Y exercer leurs talents. Y trouver gloire et fortune. À mi-chemin sur le fleuve entre Lotbinière et Deschambeault, Ovide relève sa casquette comme pour dévisager avec l'insolence de son âge l'avenir qui se morfond de l'attendre.
Libellés :
Au-dessus du Ritz
dimanche 29 novembre 2009
Yvonne Lord ou la bataille des Ardennes
Source: Wikipedia

Le 31 juillet 1937 le docteur André Poisson, originaire de Sainte-Eulalie, épousa à Grand-Mère Yvonne Lord, fille majeure de feu Arthur Lord et de Alice Cantin de la paroisse Saint-Paul de Grand-Mère. Gustave Poisson, avocat, fut le témoin de son frère.
Le Dr André, Joseph Arthur, était né le 23 août 1906. Son père était médecin à Sainte-Eulalie. Tous les témoins ont pu signer le registre après le baptême. Sauf son grand oncle et parrain, le révérend Arthur Lesieur, curé de Saint-Alexis-des-Monts, lequel n'ayant pu se déplacer pour la cérémonie se fit remplacer par Théophile, le frère de l'enfant.
Le 2 mars 1939, Yvonne donna naissance à un fils qu'André nomma Joseph Gustave André Michel.
Marie Alice Yvonne était né le 11 février 1906. Après le baptême, ni son père, ni ses parrain et marraine n'ont pu signer le registre.
Marguerite Bertha Julien naquit le 11 octobre 1906 à Trois-Rivières, paroisse Immaculée-Conception. Elle était la fille de Georges Julien et de Marie Louise Trépanier. Tous les témoins ont signé.
Source: registres paroissiaux du Québec (Ancestry.ca)
16 décembre 1944 (bis).
Marguerite appelle Yvonne, son amie. Madeleine, sa soeur de quelques années plus jeune, est sur le point d'accoucher. Ne pas s'inquiéter, de dire Yvonne. Que Madeleine se prépare. " Dr André passera la prendre. "
Le temps est au verglas. Dr André demande à son voisin de l'aider à poser les chaînes sur les pneus de la Ford. Madeleine met son manteau de drap trop petit, vu son état. Se coiffe gauchement d'une pointe en feutrine jaune qui a déjà connu des jours meilleurs. Et s'assoit sur la grosse valise noire qui attendait depuis quelques jours déjà. Marguerite surveille à la fenêtre l'arrivée du docteur qui demeure tout près.
Dr André arrive enfin. Il prend Madeleine, la femme de Jean, un modeste employé du moulin, et la conduit vers Ste-Thérèse, l'hôpital où elle accouchera. L'hôpital où il accouchera la soeur de l'amie d'Yvonne. Maman l'appelle "Yvonne Lord". "Yvonne" pour suggérer la familiarité, "Lord" pour rappeler, souligner, marquer sans équivoque aucune les origines modestes de désormais Yvonne Poisson, madame Docteur. La grand-mère, la tante, le père et la soeur aînée de l'enfant restent à la maison. Ils attendront le téléphone d'Yvonne à Marguerite qui ne viendra qu'au retour de Dr André quelques heures plus tard.
Après les Fêtes, Louise, la grande soeur du bébé -elle a six ans déjà- fera sa valise et deviendra pensionnaire au couvent, à moins de deux rues de là. La solution s'est imposée d'elle-même. Sinon on aurait dû déménager de ce quartier bourgeois pour retourner vivre en quartier ouvrier. Marguerite, la célibataire, est maîtresse de poste intérimaire à Grand'Mère (guerre oblige) et contribue aux frais du ménage. La grand-mère a durement élevé ses filles. Seule. Maintenant elle règne.
À Louise qui lui demande pourquoi sa maman est partie. Elle répond que c'est ce qui arrive aux enfants quand ils sont méchants. Ailleurs la bataille des Ardennes vient de commencer.
Libellés :
Au-dessus du Ritz
Inscription à :
Articles (Atom)
